Le calcium est un élément qui doit être fourni aux chiens et aux chats par l’alimentation sous une forme biodisponible. Avec le phosphore, il joue un rôle structurel en constituant l’essentiel des os et des dents, et un rôle fonctionnel en participant à la coagulation sanguine et à la transmission des influx nerveux. La disponibilité du calcium dépend de sa quantité totale et de son rapport avec le phosphore, mais aussi de sa forme et de sa source. L’extrusion et la cuisson réduisent la biodisponibilité du calcium [1][2]. L’absorption dépend également de la teneur en phytates, en oxalates et en matières grasses du régime [3]. En raison de ce lien étroit, le calcium est toujours examiné avec le phosphore, et leur rapport (Ca:P) devrait être d’environ 1,2:1 à 1,4:1 [1]. Le phosphore est présent en très grande quantité dans la viande pure. Nourrir un chien ou un chat uniquement avec de la viande, sans supplémentation adéquate en calcium, déséquilibre donc fortement le rapport Ca:P. Ce déséquilibre — même lorsque la quantité de calcium dans l’organisme est suffisante — entraîne une carence en calcium [2]. Voir aussi l’article rapport calcium:phosphore.
Sources alimentaires : Os charnus ou compléments (nécessaires dans le BARF cuit), tels que la farine de coquilles d’œuf, les algues marines Lithothamnium calcareum, ou le phosphate et le citrate de calcium.
Le phénomène du blocage du calcium par le phosphore
Lorsqu’il y a trop de phosphore dans l’alimentation, il se lie immédiatement au calcium dans le tube digestif et forme des composés durs et insolubles. Le calcium ainsi « lié » devient totalement non assimilable par l’organisme. L’animal consomme donc théoriquement assez de calcium, mais ne l’absorbe pas dans le sang : il est simplement éliminé dans les selles et l’organisme subit une grave carence [2]. L’organisme commence alors à utiliser le calcium du tissu osseux, ce qui fragilise la structure des os.
Os charnus et équilibre au gramme près
Les régimes à base d’os charnus ne sont pas parfaitement équilibrés à chaque repas, mais ils le sont sur plusieurs jours ou une semaine. Si l’animal reçoit 3 grammes de calcium de moins le lundi et en mange 5 g de plus le mardi (parce qu’il reçoit un cou de poulet plus osseux), son organisme compense sans difficulté [3]. Mettre un os charnu et un complément dans la même gamelle peut provoquer un chaos inutile dans l’estomac (variations de pH) et faire courir le risque que le calcium rapidement libéré du citrate bloque les oligo-éléments précieux de la viande avant même que l’os ne commence à être digéré. Augmenter de quelques dizaines de grammes la quantité, par exemple, de cous est donc plus pratique pour vous et plus naturel pour l’organisme de l’animal (l’excès de calcium sera simplement éliminé).
Le mécanisme d’élimination de l’excès d’os
(S’applique uniquement aux animaux adultes en bonne santé !) Le calcium des os crus n’est pas libre : il se présente sous la forme d’un minéral extrêmement dur, l’hydroxyapatite. Il est absorbé dans l’intestin après une prédigestion de la matrice osseuse par l’acide gastrique. Si un animal mange trop d’os en une seule fois, l’organisme régule principalement l’équilibre au niveau intestinal : il limite l’absorption du calcium, et la matrice osseuse dure et insoluble n’a de toute façon pas le temps de se dissoudre entièrement pendant le transit. L’excès non dissous atteint l’intestin sous une forme inchangée, non assimilable, puis est éliminé (d’où les selles dures, blanc crayeux). La nature se protège ainsi du surdosage en limitant l’absorption. L’homéostasie du calcium est principalement régulée par l’excrétion fécale [3]. Attention : chez les chiots, l’absorption du calcium n’est pas régulée et se fait passivement. Un excès d’os dans l’alimentation d’un chien en croissance entraîne toujours l’absorption d’une quantité excessive de calcium dans le sang, ce qui provoque de graves déformations du squelette et des fractures ! [2][4].
Compléments et acide gastrique
Les compléments tels que la farine de coquilles d’œuf sont chimiquement du carbonate de calcium. Il réagit très rapidement avec l’acide gastrique et le neutralise. Si nous ajoutons « à l’œil » une dose beaucoup trop importante de complément pur à la viande, nous pouvons désacidifier fortement l’estomac du carnivore. L’animal ne digérera alors pas correctement les protéines de la viande et, pire encore, l’acide ne neutralisera pas les bactéries nocives (par exemple Salmonella). L’os mobilise lui aussi l’acide gastrique, mais sa structure rend le processus lent et physiologique, et non brutal comme avec une poudre. De plus, le calcium, le zinc, le cuivre et le fer sont des minéraux qui se disputent dans l’intestin les mêmes « portes d’entrée » (récepteurs) vers le sang [1]. Les sels de calcium se dissolvent rapidement sous l’action de l’acide gastrique ; l’intestin se remplit alors immédiatement d’une grande quantité d’ions libres. Ils remportent la compétition et bloquent l’absorption du zinc, du cuivre et du fer du repas. Le carbonate de calcium n’est évidemment pas mauvais, mais il faut le supplémenter avec discernement. Le calcium des os consommés, en revanche, est libéré lentement et régulièrement, en présence de phosphore ; l’intestin a ainsi le temps d’absorber tranquillement les autres micronutriments.
Carence : L’hypocalcémie est un trouble électrolytique grave, en particulier chez les animaux très malades. Elle peut notamment être causée par une hypoparathyroïdie, une insuffisance rénale, un hypercorticisme ou des toxines. Les symptômes comprennent l’anorexie, des grognements, la nervosité, des contractions musculaires focales (oreilles et museau), une démarche raide et des troubles neuromusculaires, notamment la tétanie et les convulsions [5].
Excès : Les composés de calcium et de phosphore sont souvent à l’origine de la précipitation de calculs urinaires chez les chiens et les chats, mais leur excès alimentaire n’est pas la seule cause. L’hyperparathyroïdie peut provoquer une hypercalciurie. Des calculs peuvent également apparaître à la suite d’une inflammation bactérienne de la vessie.
Sources
- National Research Council (2006). Nutrient Requirements of Dogs and Cats, Chapter 7 — Minerals. National Academies Press. https://nap.nationalacademies.org/catalog/10668/nutrient-requirements-of-dogs-and-cats
- Stockman J, Villaverde C, Corbee RJ (2021). Calcium, Phosphorus, and Vitamin D in Dogs and Cats: Beyond the Bones. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice. https://doi.org/10.1016/j.cvsm.2021.01.003
- Stockman J, Watson P, Gilham M, et al. (2017). Adult dogs are capable of regulating calcium balance, with no adverse effects on health, when fed a high-calcium diet. British Journal of Nutrition 117(9):1235-1243. https://doi.org/10.1017/s0007114517001210
- Tryfonidou MA, Holl MS, Vastenburg M, et al. (2002). Hormonal regulation of calcium homeostasis in two breeds of dogs during growth at different calcium intakes. Journal of Nutrition 132(11 Suppl):3363S–3366S. https://doi.org/10.1093/jn/132.11.3363
- Hall, J. A. (2024). Hypocalcemia in Small Animals. In MSD Veterinary Manual. Merck & Co., Inc. https://www.msdvetmanual.com/metabolic-disorders/disorders-of-calcium-metabolism/hypocalcemia-in-small-animals?